Regarder un bon film entre amis, c'est généralement plus agréable que de rester seul devant son écran. Même si l'on regarde sa série préférée ou son film culte. Tel est le résultat d'une étude réalisée à l'Université de Chicago par les psychologues Suresh Ramanathan et Ann McGill. Ils ont demandé à des volontaires de regarder des clips vidéo, soit en groupes, soit séparément. Chaque participant tenait entre les mains une petite manette grâce à laquelle il devait indiquer, à différents moments de la projection, les émotions qu'il ressentait.
Les psychologues ont constaté que les émotions des téléspectateurs ne coïncidaient pas toujours exactement à un moment donné, mais qu'à l'issue de la projection, tous les volontaires éprouvaient à peu près la même impression d'ensemble sur ce qu'ils avaient vu. En revanche, ce n'était pas le cas si l'on faisait regarder le même clip à des volontaires isolés dans des salles différentes.
Une forme de synchronisation ou d'égalisation émotionnelle intervient ainsi quand on regarde un film ou une série entre amis. Pour en savoir plus, les psychologues ont filmé les visages des participants pendant la projection. Ils se sont alors apperçus que les émotions étaient "synchronisées" de temps en temps quand les téléspectateurs détournaient les yeux de l'écran pour se lancer des regards furtifs, captant de cette façon l'expression des émotions de leur voisins.
Nous aurions tendance à faire de même devant notre téléviseur, sans nous en rendre compte, ce qui produit une liaison émotionnelle. Les téléspactateurs qui se lancent des regards au même moment notent, d'après les auteurs de l'étude, si leur voisin perçoit la même émotion qu'eux ou non. Lorsque l'émotion ressentie est la même, elle est consolidée et confirmée dans l'esprit du téléspectateur. Lorsqu'elle diffère, un doute est introduit : le téléspectateur se demande s'il éprouve bien "ce qu'il faut ressentir"; il n'est pas sûr d'avoir bien interprété ou perçu la scène, et son impression est fragilisée. De cette façon, un climat émotionnel général s'installe dans un groupe de téléspectateurs par un mécanisme qui amplifie le ressenti des participants : toutes les émotions s'accordent, les émotions indiviuelles contraires au courant général étant réprimées.
S. Ramanathan et A. McGill ont répété l'expérience en empêchant les participants de se voir : cette fois, étant dans l'impossibilité d'égaliser leurs expressions émotionnelles, les téléspectateurs sont ressortis avec des impressions très différentes sur le clip. C'est ce qui se passe au cinéma, où le regard est captivé par l'écran et où l'obscurité empêche les échanges visuels entre spectateurs. La relation entre film et le spectateur est très privée, et l'on se trouve isolé comme dans une bulle. À la sortie de la salle, on découvre parfois avec surprise que son voisin a perçu le film très différemment : il a aimé, alors que l'on a détesté. Ce phénomène est dû à l'abscence d'égalisation émotionnelle. |